Petite histoire du bijou en or, des premiers orfèvres à aujourd'hui

L’or est sans doute le premier métal que les humains ont travaillé pour se parer. Il se trouve à l’état natif, sous forme de pépites ou de paillettes, ne rouille pas, brille durablement et se façonne au marteau sans qu’il soit nécessaire de le chauffer. Toutes ces qualités expliquent qu’on le retrouve, sous forme de bijoux, dans presque toutes les grandes civilisations. Voici un survol de cette longue histoire, en s’en tenant aux grandes étapes.
Les premiers ors travaillés
Parmi les plus anciens objets en or connus figurent ceux de la nécropole de Varna, sur la côte bulgare de la mer Noire, datés de l’âge du cuivre, il y a plus de six mille ans. Bracelets, perles et appliques y accompagnaient certains défunts, signe que l’or marquait déjà le rang social.
En Mésopotamie, les tombes royales d’Ur, fouillées dans les années 1920, ont livré des coiffes, des colliers et des boucles d’oreilles d’une grande finesse, ornés de lapis-lazuli et de cornaline.
L’Égypte ancienne
L’Égypte pharaonique a fait de l’or le métal des dieux et des rois. Il était associé à la chair des divinités et à l’éternité, précisément parce qu’il ne se ternit pas. Les orfèvres égyptiens maîtrisaient la fonte, le martelage, la soudure, la granulation et l’incrustation de pierres et de pâtes de verre colorées. Le trésor de Toutânkhamon, découvert en 1922, en donne une idée saisissante : colliers pectoraux, bracelets, bagues et le célèbre masque funéraire.
Les Grecs, les Étrusques et Rome
Les orfèvres grecs ont développé des bijoux d’une grande légèreté : diadèmes en feuilles d’or, boucles d’oreilles à pendeloques, couronnes de feuillage. Les Étrusques, en Italie centrale, sont restés célèbres pour la granulation, qui consiste à souder à la surface du bijou des grains d’or minuscules pour dessiner des motifs. La maîtrise de cette technique a longtemps intrigué les orfèvres des siècles suivants.
À Rome, le port de l’anneau d’or a d’abord été réservé à certaines catégories de citoyens avant de se répandre. Les Romains ont aussi diffusé l’usage de la bague-sceau, ancêtre de la chevalière, qui servait à authentifier documents et courriers.
Le Moyen Âge et la Renaissance
Au Moyen Âge, l’or se concentre dans l’orfèvrerie religieuse, les insignes du pouvoir et les bijoux de la noblesse. Les orfèvres s’organisent en corporations qui fixent des règles de fabrication et de titre. En France, le contrôle des ouvrages en métaux précieux par des marques remonte à cette période ; c’est l’origine lointaine des poinçons actuels (voir lire les poinçons).
La Renaissance voit fleurir les pendentifs émaillés, les bagues serties de pierres de couleur et les bijoux portant des portraits ou des devises. Les progrès de la taille des pierres font progressivement passer le diamant au premier plan.
Du XVIIIe siècle à l’industrie
Au XVIIIe siècle, la joaillerie se raffine encore et la lumière des bougies favorise les bijoux scintillants. Le XIXe siècle change d’échelle : l’industrialisation permet de produire des bijoux en or en plus grande quantité, notamment les chaînes mécaniques, et l’or entre dans un plus grand nombre de foyers. Les découvertes de gisements en Californie, en Australie puis en Afrique du Sud, au cours de ce siècle, augmentent considérablement l’offre d’or.
Les styles se succèdent alors rapidement, du Second Empire à l’Art nouveau puis à l’Art déco : nous les détaillons dans reconnaître les époques des bijoux anciens.
Le XXe siècle et aujourd’hui
Le XXe siècle démocratise l’alliance, la gourmette de naissance et la médaille de baptême, qui deviennent des cadeaux courants (voir les bijoux en or des grandes étapes de la vie). La fonte à la cire perdue, connue depuis l’Antiquité, est industrialisée, puis la conception assistée par ordinateur et l’impression 3D de modèles transforment le travail des ateliers (voir comment est fabriqué un bijou en or).
Ce qui n’a pas changé
Malgré les siècles, les gestes fondamentaux sont restés étonnamment proches : fondre, allier, marteler, souder, sertir, polir. Et les raisons de porter de l’or aussi : sa beauté, sa permanence et la valeur qu’il conserve. C’est pour cela qu’un bijou en or traverse souvent les générations, que l’on choisisse de le porter tel quel ou de le transformer.
Repères chronologiques
| Période | Faits marquants pour le bijou en or |
|---|---|
| Âge du cuivre | Ors de la nécropole de Varna |
| IIIe millénaire av. J.-C. | Tombes royales d’Ur |
| Égypte pharaonique | Granulation, incrustations, trésor de Toutânkhamon |
| Antiquité étrusque | Granulation très fine |
| Rome | Bague-sceau |
| Moyen Âge | Corporations, premières marques de contrôle |
| Renaissance | Émail, pierres de couleur, pendentifs à portrait |
| XIXe siècle | Industrialisation, ruées vers l’or |
| XXe siècle | Démocratisation, cire perdue industrielle, CAO |



